Avr. 08
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Aimé Césaire, "la négritude est avant tout un humanisme"
La Martinique et la France rendent un dernier hommage, avec des obsèques nationale, à Aimé Césaire le poète de la négritude, mort à 94 ans.

photo 2001 Susan Wilcox

photo 2001 Susan Wilcox
Vous trouverez dans la presse et en ligne de nombreux textes retraçant toutes ces années d'un engagement dont on retiendra sa participation à la fondation du journal l'Etudiant noir (1934) et la publication du Discours sur le colonialisme (1950), aux éditions Réclame. Mais le meilleur hommage que nous puissions lui rendre, de notre petit territoire de métropole qui a vu les navires armés pour le "bois d'ébène" passer à quelques encablures de son rivage, n'est-il pas de s'interroger sur la modernité des idées qu'il a défendues.
A Larmor-Plage, la condition des noirs, des nègres, n'a jamais été au centre des préoccupations locales, mais, aujourd'hui en 2008, des larmoriennes et des larmoriens n'ont pas besoin d'un miroir pour se rappeler la couleur de leur peau, le regard de l'autre suffit. Cette situation vécue quotidiennement par certains de nos compatriotes originaires d'îles plus lointaines que Groix ou Belle île, restaure sans dommages une citation extraite d'une interview d'Aimé Césaire au Magazine Littéraire en novembre 1969 :
"On n’est pas impunément Noir, et que l’on soit français "de culture française" ou que l’on soit de culture américaine, il y a la un fait essentiel : à savoir que l’on est Noir et que cela compte . Voilà la Négritude”. (Aimé Césaire).
Plus proche de nous, en 1993, Jacqueline Leiner publiait le terreau primordial, ouvrage d"entretiens avec Aimé Césaire. Un passage, consacré à ses pièces de théâtre et notamment à la pièce "La tragédie du roi Christophe" (pièce maîtresse de ses "tragédies de la décolonisation") me semble particulièrement remarquable et d'actualité, par l'universalité donnée à un concept né d'un attachement fort a un problème "local". Extrait :
"(...). Je ne me suis jamais considéré hors du contexte de la cité. Je suis l'homme d'un pays, je suis l'homme d'un peuple, je suis l'homme d'une situation. Mon drame au fond, mon drame personnel, mais c'est le drame de la Martinique, le drame de la Martinique, c'est le drame de l'homme colonisé, c'est le drame de l'Afrique, c'est le drame du Noir américain. Et en définitive, c'est le drame de l'humilié et de l'offensé, et c'est donc un drame universel. L'universalité n'étant pas la négation de la singularité et la singularité étant alors la condition de l'universalité qui n'en représente que l'approfondissement. C'est vraiment très simple."
Il ne faut pas ramener la négritude à un phénomène purement racial, la négritude est avant tout un humanisme. Je parle de la condition du noir telle qu'elle est, telle que l'histoire l'a faite, pour réfléchir enfin sur l'homme, sur le destin de l'homme, sur le destin de la société. Christophe appartient à l'humanité, par conséquent ce n'est pas m'enfermer que de donner à voir Christophe et à réfléchir sur le cas de Christophe. Le problème de la colonisation, le problème des Antilles, le problème des rapports avec l'Afrique, tout cela est vrai, ce sont nos problèmes, ils débouchent enfin sur un problème plus vaste encore : le problème de l'homme et du pouvoir.
Mots-clés : France





